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Les industries aérospatiales

Le rêve d'Icare date de milliers d'années, mais il fallut attendre le début du XXe siècle pour le réaliser.
Dans la foulée de leurs prédécesseurs, - Clément Ader, le premier à effectuer un vol à moteur et Louis Blériot, le premier à accomplir une traversée maritime - des pionniers, pilotes et ingénieurs français, soutenus par la passion populaire et quelques mécènes, y prirent une part prépondérante.
L'ère industrielle prit rapidement son essor, les constructeurs français livrant environ quarante mille avions pendant la première guerre mondiale. Mais ce n'est qu'après la seconde guerre mondiale et avec le développement de l'aviation commerciale que vint la maturité.

Une industrie singulière
Les capacités mondiales
La coopération et les restructurations industrielles
Les structures européennes
L'industrie française
La compétition mondiale
Pour en savoir plus



Une industrie singulière

C'est ainsi que, de nos jours, le rôle des industries aéronautiques et spatiales est de concevoir et de construire les véhicules de toutes natures pouvant être dirigés au-dessus de la surface terrestre, c'est-à-dire essentiellement les avions, les hélicoptères, les missiles et lanceurs de satellites ainsi que les satellites, les plates-formes spatiales et les vaisseaux cosmiques. Ces véhicules se caractérisent par la légèreté et la résistance de leur structure, la puissance de leur motorisation et l'agilité de leur conduite. Ils dérivent donc d'une base technologique commune où aérodynamique, résistance des matériaux, thermodynamique et électronique connais sent des applications similaires et font bon ménage.
Leur finalité commune, c'est le transport, qu'il s'agisse de faire voyager des passagers, de livrer du fret, de délivrer des armes ou de mettre à poste des systèmes de télécommunications, d'observation ou de navigation. Pour la plupart des produits de ces industries, la recherche de la performance est essentielle au succès. Cela tient d'abord au but poursuivi qui ne peut être atteint que si l'on dispose des meilleurs matériaux et des meilleurs composants, mais cela tient aussi à la compétition qui, militaire ou civile, pousse constamment à l'innovation. Si l'on ajoute que les séries de production sont relativement courtes, il apparaît que le taux de recherche et développement par rapport à la production est exceptionnellement fort dans ces industries, en moyenne de l'ordre de 20 %. Les risques financiers qui en découlent sont particulièrement élevés, et, dans le domaine de la défense, sont partagés entre les États et les entreprises. En effet, l'apparition des avions, puis des missiles et enfin des satellites a créé un effet de rupture dans les stratégies si bien que la supériorité sur le champ de bataille ne peut se concevoir sans une arme aérienne et spatiale de premier rang. On constate ainsi qu'en moyenne plus du tiers des crédits d'équipements militaires lui sont consacrés. Cela explique que beaucoup de pays ont voulu créer sur leur propre sol une industrie aéronautique capable de leur assurer les moyens de leur ambition. Cela explique également qu'il existe dans chaque pays une relation étroite entre les pouvoirs publics et l'industrie aéronautique, qui se traduit, notamment, dans le financement de la recherche et du développement.
Participant à l'économie de marché en ce sens qu'elles sont souvent mises en concurrence, les industries aérospatiales n'en constituent pas moins un cas exceptionnel en raison des préférences dont elles bénéficient et des contraintes qu'elles subissent.


Les capacités mondiales

La création et le développement du potentiel aéronautique à travers le monde ont accompagné les conflits et les crises politiques, mais aussi les croissances économiques. Il ne faut donc pas s'étonner, qu'apanage de l'hyperpuissance des États-Unis, l'industrie aérospatiale américaine vienne en tête avec un chiffre d'affaires de l'ordre de 145 milliards de dollars, proche de la moitié de la production mondiale. Soutenue par une volonté de "leadership", elle constitue la référence dans ce secteur, tant en ce qui concerne l'innovation que l'étendue de la gamme des produits. L'Union européenne vient au deuxième rang avec une production de l'ordre de 40 % de celle des États-Unis. Elle est sa principale concurrente, notamment dans les domaines de l'aviation commerciale et de l'espace. La France y tient un rôle central en raison de ses capacités technologiques et managériales qui en font le pivot des principales coopérations comme c'est le cas pour les avions Airbus et les lanceurs Ariane. Quant à la Russie, elle a hérité de l'Union soviétique un niveau technologique élevé, mais ses capacités se sont dégradées à cause de ses difficultés économiques. Son ambition la conduit néanmoins à poursuivre un effort important de développement et elle exporte des avions de combat notamment vers la Chine et l'Inde.
Derrière ces puissances dominantes, viennent des capacités émergentes de premier rang, c'est-à-dire celles de pays qui ont l'ambition de posséder une industrie aérospatiale capable de les placer dans la cour des grands : il s'agit en l'espèce de la Chine, du Japon et de l'Inde, trois grandes nations qui ont des visées géostratégiques différentes, mais qui veulent disposer des moyens des grandes puissances. Leur situation se caractérise par le fait qu'elles sont pratiquement absentes du domaine de l'aviation commerciale, alors qu'elles sont déjà à un stade avancé dans le domaine spatial. Chacune d'entre elles poursuit un effort important en s'appuyant sur des coopérations avec les pays les plus avancés afin d'acquérir progressivement des compétences.
Bien d'autres pays ont cherché depuis de nombreuses années à développer une industrie aérospatiale qui leur soit propre. Certains ont réussi à s'établir solidement dans des "niches" particulières. C'est ainsi que le Canada et le Brésil sont devenus des fournisseurs mondiaux d'avions régionaux. De son côté, Israël est passé maître dans la réalisation des missiles tactiques et balistiques. Des capacités de production de missiles balistiques ont été établies au Pakistan, en Corée du Nord, en Irak et probablement en Iran. On peut en outre noter que d'anciens satellites de l'empire soviétique, comme l'Ukraine, la Pologne et la Roumanie, ont conservé certaines spécialités. Enfin, des pays poursuivent des objectifs à la fois économiques et militaires dans le développement de leur politique aéronautique. On peut citer à cet égard l'Indonésie, Taïwan, la Corée du Sud, l'Australie et la Turquie.


La coopération et les restructurations industrielles

La description qui précède montre que les structures de cette industrie suivent deux tendances contradictoires. La première va dans le sens de la dispersion en fonction de considérations nationales qui touchent essentiellement à la défense. La seconde, de nature plus économique, pousse à la rationalisation et à la concentration des moyens industriels et des programmes. L'histoire des industries aérospatiales depuis la deuxième guerre mondiale illustre l'application de ces politiques. Ce furent d'abord les concentrations à l'échelle nationale. Au cours des années 70, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont procédé à d'importantes restructurations en réduisant sensiblement le nombre des entreprises spécialisées. Ce fut en France la fusion de Dassault avec Bréguet, de Sud aviation avec Nord aviation et de Thomson avec CSF. Les États-Unis ont attendu la fin de la guerre froide pour promouvoir un vaste mouvement de concentration, et ce fut, en particulier, la fusion de Boeing avec Mac Donnell Douglas. Tout récemment, est apparu un nouveau souci, celui de présenter un front uni en vue d'alliances internationales, et c'est ainsi que la France a rapproché Aérospatiale et Matra d'une part et SNECMA et Turboméca d'autre part comme préalables à des restructurations européennes.
La coopération est une autre méthode pour concilier la volonté d'indépendance nationale et les impératifs économiques. Elle consiste à réaliser en commun des programmes et ainsi à partager les coûts de développement et à allonger les séries de production. Elle a été très largement utilisée en Europe occidentale dès les années 60 pour beaucoup de programmes militaires, comme le Bréguet Atlantic, le Transall, l'Alphajet, divers types d'hélicoptères et de missiles tactiques. Dans le domaine civil l'exemple le plus célèbre est celui du supersonique Concorde réalisé en coopération entre la Grande-Bretagne et la France. D'autres programmes, en nombre plus réduit, ont été menés en commun par les États-Unis et certains pays d'Europe occidentale, et également entre les États-Unis et le Japon. Ces opérations ont le mérite de permettre de tisser des liens étroits entre les entreprises et de les habituer à travailler ensemble. Cependant, dans la mesure où elles s'arrêtent avec la fin du programme, elle ne permettent pas de tirer les bénéfices économiques à long terme d'une relation plus pérenne. C'est la raison pour laquelle des consortia ont été créés pour réaliser des générations successives de matériels dans une structure stabilisée. Les plus connus d'entre eux sont Airbus pour l'aviation commerciale et Arianespace pour les lanceurs de satellites, la succession Tornado-Eurofighter jouant le même rôle pour les avions de combat. Un lien similaire s'est établi entre Boeing et l'industrie japonaise dans le domaine civil.Les restructurations transnationales entre activités dépendant de sociétés de premier rang n'ont commencé réellement qu'il y a quelques années, essentiellement au sein de l'Union européenne. Des filiales communes ont ainsi été créées entre la France et l'Allemagne pour les hélicoptères (Eurocopter), entre la France et la Grande-Bretagne pour les missiles (Matra-BAe) - et pour les satellites (Matra-Marconi). Cependant, le véritable saut politique n'a été fait que l'année dernière avec la création du groupe EADS (European Aeronautic Defence and Space) rassemblant les principales sociétés aérospatiales de France, d'Allemagne et d'Espagne. Il s'agit là d'une étape significative dans l'accompagnement industriel de la politique de sécurité de l'Europe. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que l'évolution de l'actionnariat des entreprises est allée de pair avec l'évolution des structures. Dans beaucoup de pays, notamment en Europe, ces entreprises, considérées comme stratégiques, étaient la propriété de l'État. Cette situation s'est progressivement modifiée avec l'ouverture du capital à l'actionnariat privé, notamment pour faciliter les opérations de regroupement. Ainsi, le gouvernement français a décidé récemment de mettre en Bourse 25 % du capital de la SNECMA.


Les structures européennes

Au cours des deux dernières années, les structures industrielles européennes se sont débloquées pour donner naissance à des groupes de grande dimension, notamment sous l'impulsion de la France. Ces avancées se concrétisent à deux niveaux, celui des groupes "holding" et celui des filiales opérationnelles spécialisées. En tête, on trouve actuellement quatre groupes de taille internationale, EADS, BAe Systems, Thalès et Finmeccanica.La création d'EADS entre la France, l'Allemagne et l'Espagne a donné naissance au troisième groupe mondial, en suivant la logique exemplaire de la construction européenne et celle de l'orientation des marchés. C'est donc un groupe multinational équilibré sur l'ensemble des applications militaires et civiles des techniques aérospatiales, ouvert à l'ensemble des coopérations tant avec des entreprises européennes que des entreprises américaines ou d'autres continents.
Compte tenu de la modestie des crédits militaires européens, sa production se divise entre 80 % civil et 20 % militaire. BAe Systems résulte de la fusion entre British Aerospace et Marconi suivant une logique totalement différente, celle de la création d'une société purement britannique, orientée vers la défense, à la fois aéronautique et électronique, sa production se partageant en 20 % civil et 80 % militaire. Il s'agit là d'un outil au service de la politique atlantique de la Grande-Bretagne qui n'a de sens que dans la mesure où ce groupe a accès au marché militaire américain. Thales, premier groupe européen dans le domaine de l'électronique professionnelle, a d'importantes activités dans les missiles et l'équipement des avions. Depuis la prise de contrôle de Racal, il se présente comme un groupe "multidomestique" localisé dans de nombreux pays, notamment en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Enfin, le conglomérat italien Finmeccanica contrôle diverses activités aérospatiales et électroniques qu'il cherche à reclasser au mieux de ses intérêts et compte tenu de ses coopérations européennes et américaines.
Ces quatre groupes ont créé "à la carte" des filiales spécialisées par type de produit. C'est ainsi qu'Airbus, producteur d'avions commerciaux, filiale d'EADS et de BAe Systems, est maintenant promu entreprise industrielle de plein exercice. De même, un producteur de missiles tactiques, MBDA, a été créé sous forme de filiale d'EADS, de BAe Systems et de Finmeccanica. L'activité satellite est regroupée dans Astrium, filiale d'EADS et de BAe Systems et les hélicoptères se retrouvent dans Eurocopter, filiale d'EADS.
Nombre d'entreprises restent néanmoins hors de ces structures. En France, c'est le cas de Dassault Aviation, premier producteur mondial d'avions d'affaires, dont les avions de combat équipent de nombreux pays ; c'est le cas d'Alcatel Space, concurrent d'Astrium pour les satellites européens, et également de Sagem pour l'avionique.




L'industrie française

Que ce soit au niveau des pouvoirs publics ou des entreprises, la France a joué un rôle majeur dans le regroupement récent des industries européennes. Dans la période antérieure, elle avait également pris une grande part dans l'établissement de coopérations pour la réalisation de programmes qui rencontrent de grands succès. Seule ou en coopération, elle a fait preuve d'une créativité qui a permis de mettre sur le marché des produits innovants compétitifs et de couvrir la plus grande partie du catalogue des applications aérospatiales.
C'est ainsi que dans le partage des marchés, elle occupe une place importante et croissante pour les avions commerciaux avec Airbus et ATR, détient une certaine prépondérance pour les hélicoptères civils et les avions d'affaires, et, enfin, atteint l'équilibre pour les lancements commerciaux grâce à Ariane. Quant aux satellites et aux matériels militaires, ils tiennent une place honorable à l'échelle mondiale. Il suffit de citer à cet égard les avions de combat Mirage et des missiles comme le Milan, le Magic, l'Exocet ou l'Aster.
Le chiffre d'affaires consolidé de cette industrie est de l'ordre de 20 milliards d'euros, soit plus de 30 % de la production européenne, qui se partagent entre 75 % civil et 25 % militaire. L'exportation représente environ 75 % des ventes et se répartit par parts sensiblement égales entre l'Europe, l'Amérique du Nord et le reste du monde. C'est donc une industrie orientée vers les marchés civils et fortement exportatrice, ce qui démontre sa compétitivité. Elle emploie directement de l'ordre de 100 000 personnes et ses sous-traitances diverses en occupent à peu près autant.
La part du chiffre d'affaires consacrée aux recherches et développements, c'est-à-dire à la création de nouveaux produits est de l'ordre de 15 %, ce qui est élevé par rapport à d'autres secteurs industriels et néanmoins insuffisant dans une vue à long terme. La haute qualification des personnels est illustrée par le fait que près des deux tiers d'entre eux sont des ingénieurs et techniciens. Il convient enfin de noter que le carnet des commandes actuellement enregistrées représente de l'ordre de quatre années de travail, ce qui assure une certaine sécurité à son évolution. Cette industrie a largement participé à l'aménagement du territoire et au développement régional, puisque 65 % de ses implantations sont situées en dehors de l'Île-de-France, dans la partie sud/sud-ouest du territoire qui était la moins industrialisée.


La compétition mondiale

Compte tenu du caractère particulier de cette industrie, il est clair que la concurrence obéit à des contraintes politiques en ce qui concerne les produits militaires, mais qu'elle est néanmoins très vive lorsqu'elle est autorisée. Par contre, elle est très largement ouverte pour les produits civils. Les impératifs économiques ont cependant conduit à des concentrations drastiques, ce qui limite considérablement l'offre pour certains produits. C'est ainsi que pour les avions commerciaux de plus de cent places, il n'existe plus que deux compétiteurs, Boeing et Airbus. Avec le lancement du gros porteur A 380 d'Airbus, la concurrence s'étend maintenant à l'ensemble de la gamme et les prises de commandes ont tendance à s'équilibrer. Pour les avions de combat et les hélicoptères, trois concurrents sont en lice : les États-Unis, l'Europe occidentale et la Russie. À la génération suivante, la situation pourrait se compliquer pour la cohérence du côté européen, la Grande-Bretagne ayant rejoint les Etats-Unis pour le développement de l'avion de combat JSF. En ce qui concerne les missiles, le marché est encore plus ouvert, les principaux fournisseurs étant les États-Unis, l'Europe occidentale et la Russie, mais également la Chine et même la Corée du Nord. C'est aussi vrai pour les lanceurs de satellites, où l'on retrouve les États-Unis, la Russie, l'Europe occidentale, qui détient la moitié du marché mondial des lancements de satellites civils, la Chine et maintenant le Japon, et pour les satellites dont les fournisseurs sont encore plus nombreux. D'une façon générale, les échanges représentent une faible part de la production militaire, de nombreux pays voulant conserver leur autonomie dans ce domaine.
Par contre, les flux relatifs sont beaucoup plus importants dans le domaine civil en raison du petit nombre des concurrents compétitifs. Parmi ceux-ci figurent ceux des États-Unis et aussi de l'Europe occidentale, qui exportent à peu près la moitié de leur production, la part militaire étant sensiblement plus importante pour les États-Unis que pour l'Europe. On doit noter cependant qu'il existe des "niches", dans lesquelles certains trouvent leur bonheur comme le Brésil et le Canada pour les avions régionaux.
La description qui vient d'être faite des industries aéronautiques et spatiales dans le monde montre à quel point ces activités sont liées à la géopolitique, et sont la marque des ambitions à long terme des différents pays et de leur vision du futur. Cela est vrai pour la défense, et les politiques d'approvisionnement et d'exportation reflètent les antinomies, les rivalités et à l'inverse les symbioses et les alliances. Mais la maîtrise de ces technologies est aussi une marque insigne de la capacité scientifique et technique d'un pays. C'est évidemment un élément de prestige mais plus encore une démonstration essentielle de qualification que reconnaissent les clients et qui ouvre les marchés. La France tient dans ce domaine une place éminente qu'elle a su conquérir et développer en raison de ses capacités technologiques et du soutien de son opinion publique. Axée principalement vers la compétitivité, sa politique comporte deux volets complémentaires : développer une gamme de produits de qualité répondant aux besoins du marché et mener à bien les restructurations et coopérations qui donnent à cette industrie l'assise nécessaire à sa productivité.




Pour en savoir plus

www.gifas.asso.fr
le site du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales.
www.aecma
le site de l'European Association of aerospace industries.
Voir aussi le feuillet "Images de la France" L'Europe de l'espace.

 

 

 

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