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Drouot et le renouveau du marché de l’art français

La réforme du statut des commissaires-priseurs en France, entrée en vigueur en juillet 2000, a entraîné une véritable révolution dans l’univers de la vente aux enchères. En ouvrant le marché de l’art français à la concurrence étrangère, elle a provoqué une restructuration financière au sein du célèbre hôtel des ventes de la rue Drouot et redynamisé la place de Paris, l’un des hauts lieux du marché mondial de l’art.

Par Barbara Oudiz, journaliste

L’événement est de taille. Depuis la naissance de leur profession, il y a quatre cent cinquante ans, les commissaires-priseurs, en France, étaient des officiers ministériels nommés par le ministère de la Justice. A ce titre, ils bénéficiaient d’un monopole des ventes sur le marché français. Europe oblige, la loi votée le 10 juillet 2000 a mis fin à cette exclusivité. S’est ensuivi un bouleversement de la donne économique du marché de l’art français. Désormais, les commissaires-priseurs ont l’obligation de transformer leurs études en sociétés commerciales pour ce qui concerne les ventes volontaires (80 % de leur activité, le reste étant constitué de ventes judiciaires). Et, pour la première fois, l’hôtel Drouot, la plus prestigieuse des maisons de ventes aux enchères françaises, s’est trouvé en concurrence, sur son propre territoire, avec les "stars" anglo-saxonnes de la profession, Sotheby’s et Christie’s : Sotheby’s a organisé sa première vente à Paris dès novembre 2001, Christie’s un mois plus tard.

Au mois de novembre 2002, 60 % des commissaires-priseurs de Drouot ont racheté la maison et créé la société Commissaires-priseurs patrimoine (CPP), qui détient 100 % du capital de Drouot holding.

Le groupe est formé de trois outils essentiels : l’hôtel des ventes Drouot Richelieu, dans le IXe arrondissement, qui a ouvert ses portes en 1852 ; la filiale @uctionPress, propriétaire de La Gazette de l’hôtel Drouot, véritable "bible" de la vente aux enchères ; et enfin la société d’expertise Drouot estimations, au service des clients.

Un musée magique

Drouot occupe une place unique dans le monde des enchères. Il constitue le premier marché mondial en termes de volume de marchandises proposées, comme l’explique Thierry Tramblay, galeriste parisien depuis vingt-cinq ans : "La plupart des marchands d’art du monde entier viennent se ravitailler à Paris. A Drouot, les ventes ont lieu avec une régularité et une fréquence qui n’existent nulle part ailleurs." Souvent décrit comme un "musée magique", Drouot Richelieu présente, du lundi au samedi, seize salles des ventes remplies d’objets, dont l’éventail de prix va de 50 euros à plus de 2 millions. Tous les ans, 800 000 pièces sont vendues au cours de quelque 2 000 vacations. Le site Drouot Montaigne, inauguré en 1988, propose deux salles consacrées aux ventes de prestige.

Aujourd’hui, le groupe adopte une stratégie de développement. Un projet d’ouverture de quatre nouvelles salles des ventes de prestige au cœur de Paris est à l’étude. La holding affiche aussi sa volonté d’ouvrir les salles de Drouot à des commissaires-priseurs extérieurs, français et étrangers, et d’établir des bureaux dans des villes clés du marché mondial de l’art.

Le bon score de Paris

Le marché "international" de l’art concerne, en réalité, trois pays principaux : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Depuis une dizaine d’années, il effectue un virage vers l’Europe, où se réalisent désormais 53 % des transactions. La part de marché des Etats-Unis, en 2002, a chuté à 43 %, alors que la Grande-Bretagne et la France progressaient respectivement de 29 % et de 10 %.

Sur le marché parisien, la performance de Drouot laisse ses concurrents loin derrière. En 2002, le produit de ses ventes s’est élevé à 370 millions d’euros, alors que Christie’s a réalisé, à Paris, un score de 57 millions d’euros et Sotheby’s de 50 millions. Au cours des cinq premiers mois de 2003, les ventes organisées par le groupe ont connu une progression spectaculaire de 23 %. Un succès dû, notamment, à des enchères d’exception, dont le dessin de Gauguin, vendu en mars à 1,46 million d’euros, et la collection de l’écrivain surréaliste André Breton, qui a atteint la somme de 46 millions d’euros en avril. "Ce sont des records mondiaux qu’on n’arrivait pas à atteindre sur la place de Paris auparavant. (...) Le marché de l’art est un vrai marché d’amateurs qui cherchent des objets de plus en plus rares et de grande qualité. Moyennant quoi, les prix explosent", s’exclame maître Georges Delettrez, président de Drouot holding.

Un équilibre délicat

Paris deviendra-t-il la nouvelle plaque tournante du marché international de l’art ? La réponse doit être nuancée. Car la France mène une politique active pour préserver son patrimoine artistique, grâce notamment au droit de préemption. Il s’agit d’une loi qui donne à l’Etat français la faculté de se substituer à l’acquéreur dans une vente : une fois le prix le plus élevé avancé et le mot "adjugé" prononcé par le commissaire-priseur, un représentant de l’Etat déclare la préemption, et l’œuvre devient la propriété d’une institution publique française. Ce mécanisme est le meilleur moyen d’éviter la fuite des œuvres vers l’étranger, car, en France, un objet acquis par un musée est retiré définitivement du marché de l’art.

Ainsi, l’équilibre entre un marché de l’art fluide et les intérêts nationaux est délicat à maintenir. Comme l’explique maître Delettrez, "il faut que les autorités publiques puissent trouver un juste milieu pour ne pas décourager les acheteurs et, en même temps, garder des œuvres majeures en France". La vente Breton a connu, sur un total de 4 100 lots, 335 préemptions de l’Etat, soit 11,8 millions d’euros, pour une trentaine de musées français. Mais elle a également attiré des visiteurs du monde entier. Un tel exploit financier et médiatique devrait confirmer le regain d’intérêt pour Drouot sur le plan international. Et encourager les maisons de ventes françaises et étrangères, à Paris, à investir encore plus dans des enchères de haut niveau.


Avec l'aimable autorisation de Label France

 

 

 

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