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Fortes objections européennes à la fusion Lagardère-VUP
Libération BRUXELLES - La Commission européenne devrait envoyer dans la journée une liste d'objections très sévères à l'encontre du projet de rachat du pôle édition de Vivendi Universal Publishing (VUP) par Lagardère, a-t-on appris lundi de source proche du dossier. Dans leur "communication de griefs", les services du commissaire à la Concurrence, Mario Monti, estiment que le groupe, qui deviendrait numéro un en France, risque d'écraser ses concurrents en raison de son intégration verticale, de l'auteur à la distribution en passant par l'édition. La Commission s'inquiète en particulier des effets sur la concurrence dans le domaine des livres de poche et des best-sellers, où Lagardère serait, après sa fusion avec VUP, rebaptisé depuis Editis, en position dominante. Cela signifie que Lagardère devra accepter de se séparer de certaines activités afin de restaurer la concurrence avant la date fixée pour la décision de la Commission, le 13 janvier. La Commission européenne avait refusé de laisser l'examen du cas aux autorités françaises de la concurrence, réputées favorables à la fusion, qui demandaient le rapatriement du dossier parce que les problèmes se posent surtout en France. La communication de griefs, qui a été passée en revue la semaine dernière par un comité d'experts, concentre ses critiques sur la combinaison des forces des deux groupes, qui disposeraient de plus de 50% du marché de livre de poche et d'une position renforcée dans le domaine des livres reliés. Le Livre de Poche, Pocket et 10/18 feraient notamment partie du groupe, de même que Grasset, Fayard, Plon et Laffont. Lagardère produirait et distribuerait la majorité des livres lus dans le monde francophone tandis que les journaux, les magazines et les radios du groupe pourraient promouvoir les ouvrages, notamment par le biais d'interviews des auteurs. Ces derniers seraient donc tentés de signer un contrat avec Hachette Livres et non avec ses concurrents, dont le plus puissant a un chiffre d'affaires sept fois moins important que les deux milliards d'euros annuels du nouveau groupe. LA DISTRIBUTION, NOEUD DU PROBLEME Les 10.000 petits détaillants, comme Relay ou Virgin, dépendant du groupe disposeront de 60% de la distribution, alors que Vivendi et Lagardère se font actuellement concurrence. Selon la communication des griefs de la Commission, le nouveau groupe sera en mesure d'évincer des étals de ses magasins les best-sellers de ses concurrents, comme Gallimard ou Le Seuil, en faisant pression sur son réseau de distributeurs. La sévérité de ces objections ne constitue cependant pas une garantie que le rachat sera interdit par Mario Monti. Arnaud Lagardère, le gérant du groupe, sait qu'il devra se séparer de certaines activités pour obtenir le feu vert de la Commission et ses offres de "désinvestissements" seront testées par les experts de Mario Monti au cours de prochaines semaines. Ces tests de marché devront permettre de voir si la fusion "peut conduire à une marginalisation des concurrents dans une mesure telle que les consommateurs, détaillants et lecteurs, seraient in fine privés des avantages, en terme de qualité, de diversité et de prix que leur assure le maintien de deux groupes séparés", avait déclaré Mario Monti en juin dernier. Une audition entre toutes les parties concernées, y compris les concurrents, aura lieu courant novembre. Lagardère, numéro deux de l'édition en France avec Hachette, a conclu le rachat de VUP, le numéro un, sur la base d'une valeur d'entreprise de 1,25 milliard d'euros à l'automne 2002. VUP est actuellement détenu par Natexis Banques populaires, qui fait du portage pour le compte de Lagardère. La Commission européenne a ouvert le 5 juin une enquête approfondie de quatre mois pour évaluer l'impact de l'opération sur la concurrence, faisant état de "doutes sérieux". Début octobre, une source proche du dossier avait indiqué que la part de Lagardère dans la distribution devrait retomber à 40% du marché pour satisfaire la Commission. Une interdiction de la fusion VUP-Lagardère n'arrangerait pas les relations tendues entre Mario Monti et la France, dans la mesure où elle compromettrait l'ambition du groupe de devenir un poids lourd des médias en l'empêchant de se hisser à la cinquième place mondiale dans l'édition.
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